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François Blanchecotte

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TRIBUNE LIBRE - REPONSES A VOS QUESTION :

EDF GDF ? CA VOUS GONFLE OU CA VOUS BRANCHE ?

J’avais pris l’engagement que les questions de fond qui me seraient posées verraient leur réponse affichée aussi sur le site avec en abrévié les initiales de leur auteur et la date. François Blanchecotte

Votre question E.D : Qui va enfin pouvoir m'expliquer de façon claire pourquoi on a mis autant d’énergie à séparer EDF et GDF (2 énergéticiens complémentaires) pour aussitôt dire que GDF doit s'allier avec un électricien...?? Ne marche-t-on pas sur la tête??

Ma réponse :

DES ENTREPRISES AVEC UNE HISTOIRE UNE HISTOIRE DE LA FRANCE MODERNE

Depuis le 8 avril 1946, la loi de nationalisation de EDF et GDF, ces deux entreprises stratégiques pour rebâtir la France, sont effectivement deux entreprises séparées juridiquement.
Le Président du Conseil était Charles de Gaulle et le Ministre de la Production Industrielle, le communiste Marcel Paul. Dans ce contexte, la conscience était que l'électricité et le gaz ne pouvaient être considérées comme des marchandises comme les autres : « le Ministre de la Production industrielle, détenteur de la puissance publique, est chargé de fixer le programme des travaux d'équipement, d'orienter l'exploitation, d'assurer la répartition de l'énergie suivant les besoins, de fixer la tarification ». (J. Laniel).

Chaque entreprise a un statut d’EPIC et un satut des personnels (décret 46-1541), les fameux statuts des Electriciens et des Gaziers, chacune avec son conseil d'administration et son bilan. Le Président et le Directeur général des deux entreprises n'ont jamais été les mêmes.
Pour autant et par simple souci de couverture des territoires, toutefois, ces deux entreprises partageaient et se partagent toujours un nombre important d'employé(e)s en commun. Très souvent l’agent est salarié des deux entreprises (environ 65 000 agents). Ce n'est pas toujours le cas: par exemple pour les centres de production d'électricité (comme le CPN de Chinon près de chez nous) ils sont uniquement « salarié d'EDF ».

UNE CONCURRENCE

La diversification des approvisionnements en énergie est une nécessité stratégique d’un pays pour lui garantir une part d’indépendance minimale vis-à-vis de son environnement, d’autant que la modernisation quoiqu’on en dise est un facteur de fragilité par la dépendance à l’énergie. Pour qu’il y ait progrès des services, une concurrence construite doit exister.

Vous avez raison de dire qu'il y a recherche pour mettre progressivement ces deux entreprises en concurrence. Le chauffage au gaz est objectivement concurrent du chauffage électrique, une plaque de cuisson électrique est en concurrence avec sa soeur jumelle au gaz.
Le tout électrique est excellent en soi, mais à la moindre panne, vous devenez aveugle, gelé, incapable de cuisiner,… sauf à avoir développé à coté un minimum de ressources par le solaire ou autre ! Le tout au gaz n’est pas une solution effective. En fait c’est du panachage des modes que vient le progrès et non de l’exclusive, et c’est bien de la concurrence que naît l’émulation positive.

Or, cette mise en concurrence n'est pas évidente si les salariés sont communs, voire les locaux communs, pour assurer eux-mêmes dans leur relation avec leur client leur propre concurrence.
D’ailleurs dans l’esprit même de nos concitoyens, qui savent qu’en réalité il s’agit bien de deux entreprises distinctes, pour autant l’image qu’ils en ont est bien celle d’une entreprise EDF – GDF et de deux sources d’énergie : l’électricité et le gaz, la facture voilà peu encore se faisant d’ailleurs sous les deux logos mais le paiement en un seul versement.
L’arrivée des deux factures séparées et individualisées est relativement récente, avec deux prélèvements bancaires bien séparés.

Le chemin sera donc long pour que les esprits évoluent. Mais dans le même temps les concentrations se font au quotidien et ce n’est pas le plus gros qui absorbe le plus petit, mais souvent le plus réactif, avec une stratégie de long terme, qui absorbe celui qui s’endort légèrement sur sa notoriété et l’assurance de sa surface, sans apprécier correctement la fragilité de ses assises.

L’EUROPE - LA MONDIALISATION – LA MODERNISATION

Aujourd’hui, le marché local ne suffit plus pour vivre. Les technologies sont de plus en plus lourdes et tout un chacun veut aussi bien la sécurité des approvisionnements que la sécurité de la distribution que la sécurité tout court. Les enjeux financiers changent de dimension et vouloir conserver des prix accessibles exige que la compétitivité soit là et au-delà de nos frontières. Faute d’y parvenir d’autres le feront pour notre compte et de tout temps l’histoire nous l’enseigne le mécanisme a joué dans ce sens, avec plus ou moins de bonheur, certes, avec plus ou moins de précautions ou de prévoyance de la part des acteurs, certes, avec plus ou moins de rapidité, il est vrai, mais le mouvement depuis l’âge de pirre se poursuit.

La question vraie est : faut-il prévoir et anticiper avec intelligence et humanisme ou subir et geindre sans autre solution ?

Les Anciens disaient à juste titre : « Prévoir, c’est gérer ». Le politique s’il veut assumer sa fonction dans la dignité n’est pas là pour faire plaisir, aller dans le sens du poil. Non il doit dire les choses, même désagréables à entendre. Il a la lourde responsabilité justement dans un monde qui ne nous attend pas de prévoir, d’informer avec pédagogie et d’anticiper pour ne pas nous laisser sur le bord de la route ou faire pour qu’il y en ait le moins possible.

Dans le cas présent, le projet de rapprochement sous une forme non encore décidée (entreprise unique, pacte, alliance industrielle, prise de capital de chacune des 2 entreprises dans le capital de l'autre, etc) va donc dans le sens de la coupure du lien fort entre EDF et GDF tout en donnant de la force aux deux entreprises en terme de présence sur les marchés avec des savoir faire interne et des acquisitions de savoir faire externes.

Pour être intègre,il ne faut pas omettre de rappeler que les enjeux sont inscrits aussi dans l’histoire européenne : en 1998, avec l’accord du gouvernement de Lionel Jospin, une directive organisait la libéralisation partielle pour le gaz.
En 2002, l’Union européenne, toujours avec l’accord du gouvernement de Lionel Jospin, décide l’ouverture totale des marchés du gaz et de l’électricité au 1er juillet 2004 pour les professionnels et au 1er janvier 2007 pour les particuliers déclenchant une nouvelle vague de fusions. Suez et Gdf présentent d’ailleurs leur « union » comme une « étape importante dans la préparation de l’ouverture complète des marchés européens de l’énergie ». Ainsi GDF devrait chercher à vendre le courant de Suez. Rappelons que se trouve dans le groupe Suez l'électricien Belge, Electrabel, 5° producteur européen et renforcerait sa position gazière. C'est un premier argument.

Il est un second argument, très spécifiquement français, mais important : c'est la défense de l'emploi en France. En constituant à coté ou face à EDF (115 000 salariés) selon la sensibilité, un deuxième groupe français (GDF24 000 salariés+ Suez 140 000 salariés) GDF prend une taille européenne et évite qu’EDF devenienne l'unique dominant. On favorise ainsi l'emploi des salariés de notre Pays. Ceci explique la réaction très vive de nos voisins et amis Italiens.

Un troisième argument se trouvera dans le développement des deux groupes et de leur capacité à répondre aux marchés : nous ne sommes plus dans une situation de pénurie conjoncturelle d’énergie, mais nous sommes, même si personne ne veut le dire clairement dans une pénurie structurelle durable, avec des besoins qui ne se ralentissent pas, des énergies renouvelables en développement certes mais très insuffisants en Europe, des pays dont le développement est conditionné à un accès suffisant à l’énergie.

Or depuis dix ans, nombre de pays européens se sont globalement contentés d’exploiter l’existant sans procéder aux investissements indispensables pour répondre aux attentes des marchés et ce type d’investissements particulièrement lourds a une inertie de mise en œuvre importante.
Le recentrage d’EDF avec sa sortie du Brésil, etc, la force de son actionnariat salarié (120 000 agents) place l’entreprise en capacité de se positionner efficacement en Europe. La création d’un deuxième groupe de taille comparable à ses cotés, ou en face d’elle, en concurrence ou en complémentarité, ne peut que développer l’emploi si GDF sait rapidement digérer sa mutation et se met en capacité de répondre industriellement au marché.

Cher Monsieur, je vous ai répondu sans biaiser, sans argument de circonstance, sans argument populiste, terme dont Philippe Lebreton me gratifie régulièrement, mais il faut bien reconnaître que ce thème est particulièrement complexe.
Je vous remercie sincèrement d'avoir soulevé ce sujet important sur notre modeste site.

Publié le 02/09/2006

 
 
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